En tant qu’intégrateur de solution de supervision IT nous avons régulièrement des contacts et des échanges avec le monde de “l’industrie 4.0”. Si je parle de contact, c’est parce que pour le moment, on parle beaucoup de convergence entre l’IT et les chaînes de production industrielles mais que dans la vraie vie, cette intégration tarde à se généraliser.


L’industrie n’a pas attendu l’avènement de l’IoT ou du Big data pour s’informatiser. Et elle a sut se créer les outils informatiques dont elle avait besoin dès l'avènement de la robotique: capable de piloter des robots via des interfaces physiques, en temps réel et en intégrant des mesures environnementales. Tout cela dans un seul but: gagner en productivité.

Le suivi des chaînes de production est d’ailleurs capable de générer des volumes de données absolument colossaux !  Dès lors quoi de plus normal que de vouloir exploiter ces données pour poursuivre la course à l’efficacité ?


Nous avons aussi compris, en assistant à des conférences sur le sujet, que l’IT prenait une place grandissante dans l’assistance des opérateurs sur les chaînes en les soulageant de tâches pénibles et en leurs donnant des informations en temps réel afin qu’eux mêmes puissent accomplir leur mission plus efficacement.Selon Eric Yvain, le directeur de l’usine nantaise de Saunier-Duval, l’industrie 4.0 a déjà permis des gains de productivité de l’ordre 10 à 12% alors que tout progrès se chiffrait jusqu’alors entre 3 et 4%. L’extension de cette dynamique au reste du groupe leur permet même d’envisager des gains de l’ordre de 20% sans remettre en cause la place de l’humain dans la chaîne de valeur bien au contraire.


Si incontestablement des défricheurs tel que Saunier-Duval ouvre la voie, il n’en reste pas moins que l’ensemble de l’industrie peine à avancer sur le sujet. Force est de constater qu’en 2017, nous continuons de parler “d’industrie du futur”.


De notre point de vue d’informaticien, cette évolution pâtit de plusieurs maux bien connu dans notre monde de l’IT.

Le tout premier est que l’industrie est le monde par excellence du legacy. Bien que les systèmes SCADA (Supervisory Control And Data Acquisition) apporte une touche d'interopérabilité et même d’open-source (sic !), les grands acteurs du secteur continuent d’imposer leurs propres solutions et ne favorisent donc pas le foisonnement logiciel nécessaire à l’explosion de cette nouvelle industrie comme cela a pu se produire dans l’IT avec l’avènement du PC puis plus tard du monde open source.

Le second vient du fait que les architectures logicielles que nous utilisons dans le monde IP ne sont pas adaptées aux enjeux d’une chaîne de production. Lors d’échange avec l’équipe du projet NOVA de PSA chargée de l’innovation dans les process de production, leurs ingénieurs nous ont fait part de leur souhait d’intégrer au maximum des outils venus de l’IT pour bénéficier de leurs fonctionnalités et leurs IHM. Leur but: améliorer notamment l’affichage sur les écrans des opérateurs. Hélas dans le monde de la supervision et du dashboarding IT, le temps réel n’est pas encore une réalité, du moins au sens de l’industrie.

Enfin reste la problématique de la sécurité. Depuis Stuxnet, les industriels ont découvert ce que l’industrie du futur leur réservait comme sujet de nuits blanches. Et il n’est pas près de s’éteindre avec l’intégration grandissante de l’IoT et la cloudification des systèmes SCADA. Des experts de la question s’étaient d’ailleurs exprimés sur ce sujet en 2015 après qu’un haut fourneau allemand ait été victime d’une attaque informatique provoquant des dommages physiques (ici).


Voilà donc pourquoi nous continuons de parler “d’industrie du futur” même si la convergence avance à grand pas. En tout cas chez Sensor Factory nous oeuvrons à cette convergence en développant les briques qui seront nécessaires à ces interconnexions SCADA/monitoring IT et ainsi faire profiter le monde de l’industrie des fonctions avancées de la supervision IP actuelle.



Matthieu Noirbusson

Co-fondateur et associé chez Sensor Factory